Mais est-ce vraiment de ça qu’il s’agit? Est-ce là une attitude chrétienne de savoir que la pauvreté existe et ne rien faire sinon prier pour que les conflits se calment? Je ne pense pas!
Certes, dans l’immédiat, souvent, on ne sait pas trop quoi faire, ni comment réagir face à la pauvreté. Mais si l’on se souvient que de tous temps; l’Eglise et la foi chrétienne reconnaissent dans le pauvre le Christ lui-même(n°15), cela ne change t-il pas la donne? Quelle place donne t-on dans cette perspective au pauvre qui mendie sur le parvis de l’église, alors que le croyant passe souvent indifférent devant lui, allant chercher le Christ derrière le faste et les dorures? Et ce n’est là que l’échelon inférieur d’une échelle beaucoup plus haute et plus difficile à gravir qu’il n’y parait.
En effet, c’est également au niveau national et même au niveau international que se jouent les enjeux les plus importants.
En effet, la pauvreté figure souvent parmi les facteurs qui favorisent ou aggravent les conflits, y compris armés (n°1). Combattre la pauvreté implique donc des réponses au plan politique et international. Combattre la pauvreté implique donc une prise en considération attentive du phénomène de mondialisation (...) la référence à la mondialisation devrait, également revêtir un sens spirituel et moral, car elle nous pousse à considérer les pauvres dans la perspective consciente que nous participons tous à l’unique projet divin, celui de construire une unique famille dans laquelle tous - individus, peuples, nations - règlent leurs comportements en les basant sur les principes de fraternité et de solidarité (n°2). En d’autres mots, ce qui est en jeu est le bien commun de l’humanité, le fait de se savoir appartenir à la même famille humaine, dans laquelle n’importe lequel de ses enfants n’a pas le droit d’être abandonné, laissé sur le bord de la route.
L’une des voies maîtresses pour construire la paix est une mondialisation ayant pour objectif les intérêts de la grande famille humaine (...) il faut une forte solidarité globale entre pays riches et pays pauvres (...) La mondialisation élimine certaines barrières, mais cela ne signifie pas qu’elle ne puisse pas en construire de nouvelles (n°8). En effet, que ce soit au plan économique ou politique, nombre de pays sont laissés au bord du chemin parce que leur économie est trop faible, parce qu’ils sont intégralement dépendants des pays dits développés. Peut-on vraiment se qualifier de développer alors que l’on utilise et exploite ses frères en humanité afin de jouir un peu plus du confort qui nous est si cher?
La lutte contre la pauvreté exige une coopération aussi bien sur le plan économique que sur le plan juridique qui permette à la communauté internationale et en particulier aux pays pauvres de trouver et de mettre en oeuvre des solutions coordonnées pour affronter ces problèmes en donnant un cadre juridique efficace à l’activité économique (n°11). Il ne s’agit pas de paternalisme ou de politiques fondées sur l’assistance qui au final ne conduisent qu’à des échecs et surtout à des révoltes justifiées des pays ainsi diminués dans leur souveraineté, mais vraiment d’apporter une aide efficace à ses pays, refuser que par exemple, qu’au Bangladesh quelqu’un travaille pour un salaire de misère pour fabriquer des pulls que nous autres (je ne m’exclue pas!) allons acheter plus de 100x plus cher que leur prix de production.
Seule l'inconscience peut conduire à construire une maison dorée avec tout autour le désert de la désolation. (...) La mondialisation révèle plutôt un besoin: celui d’être orienté vers un objectif de solidarité profonde qui veut le bien de chacun et pour tous (...) elle doit être considérée comme une occasion propice pour réaliser quelque chose d’important dans la lutte contre la pauvreté et pour mettre à la disposition de la justice et de la paix des ressources qui semblaient jusqu’alors inimaginables. (n°14)
Ces changements à l’échelle planétaire commencent déjà dans le quotidien de tout un chacun... Et si nous commencions à appliquer à notre petite échelle le rêve de justice, de paix, d’équité que nous avons pour la planète entière?
C’est peut être une idée à développer pour le temps du Carême qui approche...